Jouez Hautbois, Résonnez Musettes !

Jouez Hautbois ! Résonnez Musettes !

Le temps de Noël est loin et pour tout vous dire, à l’heure où j’écris ces mots , ce sont des températures caniculaires qui s’abattent sur le Nord de la France… Et plus de 30°c à Lille, pour un Nordiste qui se respecte, c’est comme si le Sahara avait migré au Pôle Nord !

Allez, suffit ! Parlons de hautbois plutôt et plus particulièrement aujourd’hui un spécimen fort rare, un membre méconnu, peu usité et disons le tout de suite : ingrat !

Quand je dis « ingrat » … Je ne veux pas dire que cet instrument est pétri de sentiments hostiles à l’égard du musicien qui souhaiterait le dompter… Nous savons tous en effet que chaque Hautboïste est en effet une personne crédule, animiste et convaincue que son instrument lui en veut ! Et je ne parle même pas des anches !!!

Non, ici, quand je dis que l’instrument est ingrat… Je veux dire plus simplement et avec humour qu’il faut s’attendre à un son… pourri !

Et bien, oui ! A quoi vous attendiez-vous ? Crions le tout de suite haut et fort : le hautbois musette est au hautbois ce que le Piccolo est à la flûte ! Une arme de destruction massive ! Une gamme et hop ! Aller-retour chez l’audioprothésiste pour se sentir plus proche de Beethoven !

Dieu merci, on en joue pas souvent ! Sans quoi… il faudrait rédiger les contrats d’orchestre avec une close respectant La Convention de Genève pour avoir le droit de réfugié dès le premier DO# ou SI bécarre dans la deuxième octave ! Remarquez bien que Do# ou Si bécarre c’est pareil…  C’est un Do naturel qu’on a loupé… Comme d’habitude !

Franchement revenons au coeur du sujet : Qu’est-ce que le Hautbois Musette ?

Dès le Moyen-Age nous trouvons des illustrations de la musette dans le célèbre manuscrit des Cantigas de Santa Maria (XIIIème siècle). L’instrument apparait alors comme étant une sorte de petite « chalumeau », instrument en bois de perce conique avec ici un pavillon piriforme. (= en forme de poire, banane !)

alain et ses roseaux enchantés
Cantigas de Santa Maria : joueurs de musette

Au XIV° siècle la musette était également une petite cornemuse rustique. Musette étant le diminutif de cornemuse…

Cette cornemuse « musette » va acquérir 2 siècles plus tard ses lettres de noblesse avec l’adjonction d’un soufflet et d’un bourdon très compact pouvant être réglé avec de petits taquets, des « glisseurs ». Elle deviendra « La musette de Cour », un instrument raffiné tant dans sa facture instrumentale puisque les chalumeaux seront tournés parfois en ivoire que dans le répertoire que des compositeurs renommés (Rameau, Chédeville, Corette…) vont lui offrir.

musette de cour encyclopédie diderot et d'alembert
Encyclopédie de Diderot et D’Alembert : La musette de cour
Musette de cour cité de la musique Paris JM Anglès
Musette de Cour. Collection de la Cité de la Musique à Paris. Photo J.M Anglès

 

Destinée à cette Musette de Cour, une oeuvre de Nicolas Chédeville est restée célèbre : son recueil « Il Pastor Fido » qu’il a essayé de faire passer comme étant l’Opus XIII de Vivaldi vers 1740 !

Il pastor fido Vivaldi
Recueil Il Pastor Fido faussement attribué à Vivaldi
thème du 4ème mouvement Sonate 6 op XIII
Thème du dernier mouvement de la Sonate nr6 Il Pastor fido… avec une faute à la mesure 4 !

Je vous propose justement d’en écouter un extrait et je suis certain que les hautboïstes souvent habitués à jouer ce passage trouveront cela digne d’intérêt :

 

 

Si vous souhaitez comparer, voici le même thème interprété par l’excellent Paul Goodwin sur hautbois baroque.

 

Avec la mode de la musette de cour, la  musette qui était plus proche de la chalemie (ou du hautbois si vous préférez) se verra alors appelée  « Hautbois pastoral ».

L’instrument restera cantonné à des formes populaires de hautbois avec des variantes régionales et les termes de hautbois « musette » ou de « hautbois « pastoral » sont des catégories un peu fourre tout.

 

 

 

 

 

 

 

hautbois musette

 

Au XIXème siècle, bien que cet instrument n’ait jamais rencontré de véritable succès et soit resté peu usité, les facteurs le doteront de quelques clés, sans doute pour faciliter un répertoire de pièces pour hautbois s’inspirant de thèmes populaires et régionaux et où de manière amusante le mot « Pastoral » devient indissociable du hautbois !

Ici : La « Grande Valse pour hautbois pastoral » de Stanislas Verroust et « Souvenirs du Mont d’Or », une fantaisie de Henri Brod.

grande valse pour le hautbois pastoral stanislas verroust

IMSLP26979-PMLP59763-Brod_Souvenirs_de_MontD'or_Op27.pdf

 

Dans la suite de cet article nous reviendrons quelque peu sur cette période du 19ème siècle et nous aborderons l’évolution de ce Hautbois Musette au 20ème siècle.

A très bientôt…

 

Jouez Hautbois, Résonnez Musettes ! (2)

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