Vedro con mio diletto

Article concernant l’Aria Vedro con mio diletto issue de l’opéra Giustino de Vivaldi / Article about the Aria « Vedro con mio diletto » from Vivaldi’s opera Giustino


La musique est d’une richesse et il serait bien difficile de tout connaître même dans un seul style ! Mon métier me laisse la possibilité de découvrir, de continuer à apprendre des choses pour éventuellement les enseigner, c’est une belle qualité.

Je dirais que les algorithmes de Youtube ont pour une fois bien fonctionné ou était-ce justement un heureux accident ? Peu importe. En dessous d’une vidéo que je regardais je voyais apparaître en dessous une vignette avec le chanteur Jakub Józef Orliński, habillé en mode « plage » pour un concert de plein air décontracté. Intrigué et curieux  du titre Vedro con mio diletto qui contrastait d’autant plus que son interprète était en bermuda et chemisette à carreau , je cliquais sur le lien…Pour mieux me prendre une claque ! 👊😶

Waouh ! Tout simplement magnifique et poignant.

Ayant chanté moi même contre-ténor pendant des années, je devenais un instant gêné et presque honteux de ne pas connaître cet air qui semble pourtant assez connu. J’avoue mieux connaître le répertoire religieux de Vivaldi (Nisi Dominus, Stabat Mater…) ou son oratorio Juditha Triumphans que ses opéras. J’avais vu Motezuma par Malgoire il y a fort longtemps et j’étais resté froid sur l’ensemble.

Ici je suis naturellement séduit. Cette voix à tant de charme et colle si bien à la musique ! Typiquement baroque, cette chaconne en si mineur et sa basse obstinée chromatique s’adaptent à la forme Aria da capo. Courte entrée dramatique du soliste, a cappella avant que l’accompagnement régulier en croches ne s’installe tandis que le soliste adopte plus souplement le rythme de marche puis enchaine peu de temps après une vocalise de sa voix éthérée nous amenant vers Ré majeur. Jolie modulation soudaine, piano, en Mi mineur qui nous prépare à un retour à la tonalité intiale tandis que les syncopes de la mélodie amorcent une 2ème vocalise. La section centrale en Fa# mineur est plus douce, moins animée dans son accompagnement en valeurs longues qui continue de bien marquer ou accentuer le 2ème temps. Pour la 3ème fois, Vivaldi commence par faire déclamer les premiers vers pour enchainer avec une vocalise.

Issu de l’opéra Giustino, composé en 1724, cette aria correspond au passage où Anastasio, défié par l’armée de Vitaliano, se prépare à la guerre et au moment du départ fait ses adieux à Arianna qu’il vient d’épouser et dont l’absence future lui pèse déjà.

Vedro con mio diletto
l’alma dell’alma mia
il cor del mio core
pien di contento.
E se cal caro oggetto
lungi convien che sia
sospirero penando
ogni momento.

Je verrai avec joie
l’âme de mon âme,
le coeur de mon coeur
rempli d’aise .
Et s’il me faut m’éloigner
du cher objet,
je soupirerai en souffrant
à chaque instant.

Pour l’anecdote, on retrouve la même musique à quelques détails près au sein du Concerto pour violon RV387, dans le mouvement lent.

Dans ma tête, après avoir écouté différentes versions puis après m’être documenté pour connaitre et comprendre un peu mieux l’oeuvre, c’était une évidence que de souhaiter l’enregistrer au hautbois et au piano.

Après avoir téléchargé une partition dans la tonalité « très naturelle » de Lab mineur 😱 et risqué une crise cardiaque, j’ai préféré me rabattre sur celle de Si mineur qui est celle d’origine. Je me demande encore pourquoi ! 😄

Sol mineur comme dans l’interprétation de Jakub aurait été également sympa au hautbois.

J’ai un temps hésité à terminer sur la section centrale en Fa# mineur car l’aria est assez longue. Très souvent dans les airs baroques, la partie A est démesurément longue, contrairement à la partie centrale B. J’ai finalement opté pour jouer à nouveau cette partie A mais en changeant l’entrée du hautbois avec une ornementation qui – quand je l’écoute à nouveau – m’évoque la musique Klezmer et ses influences turques. Bon, après… l’histoire se passe à Constantinople et sur le détroit du Bosphore ! 😅

Je me suis également amusé à varier les registres en passant ici ou là dans l’aigu en apportant une palette plus hautboïstique même si j’ai essayé de jouer d’une manière assez déclamée. Comme les personnages sont fictifs et non pas historiques, j’ai eu plus de mal à trouver de la matière pour réaliser ma vidéo. En m’appuyant notamment sur des représentations d’Amour et Psyché ou de Daphnée et Appolon, j’ai souhaité scénariser les pensées d’Anastasio et de transcrire avec poésie l’amour, l’absence et les retrouvailles espérées.

J’ai été fortement inspiré également par cette magnifique photo de Naro Pinosa, inspiré par les figures de l’antiquité grecque et des collages numériques. J’espère qu’il ne m’en voudra pas d’avoir utilisé sa photo mais j’ose croire qu’il se sentira flatté en voyant combien j’ai voulu la mettre en valeur et tellement elle est empreinte charisme, de gravité et de poésie à la fois.

Je vous laisse enfin avec mon travail. J’espère que vous apprécierez. A bientôt. 😉


The music is rich and it would be very difficult to know everything even in one style ! My job gives me the opportunity to discover, to continue to learn things and eventually to teach them, it’s a great quality.

I would say that the Youtube algorithms worked well for once or was it just a happy accident? It doesn’t matter. Underneath a video I was watching I could see a thumbnail with the singer Jakub Józef Orliński, dressed in « beach » mode for a casual outdoor concert. Intrigued and curious about the title Vedro con mio diletto which contrasted all the more as its interpreter was in Bermuda shorts and plaid shirt, I clicked on the link… To get a slap in my face!

Waouh ! Simply beautiful and poignant

Having sung myself as a countertenor for many years, I became for a moment embarrassed and almost ashamed not to know this tune which seems to be quite familiar. I confess that I am more familiar with Vivaldi‘s religious repertoire (Nisi Dominus, Stabat Mater…) or his oratorio Juditha Triumphans than with his operas. I had seen Motezuma by Malgoire a very long time ago and I had remained cold on the whole.

Here I’m naturally seduced. This voice has so much charm and sticks so well to the music! Typically baroque, this chaconne in B minor and its obstinate chromatic bass adapt to the Aria da capo form. The soloist makes a short dramatic entrance, a cappella, before the regular eighth-note accompaniment sets in, while the soloist adopts the march rhythm more flexibly, and then shortly afterwards his ethereal voice leads us to D major. A lovely sudden modulation, piano, in E minor prepares us for a return to the initial key while the syncopations of the melody begin a 2nd vocalization. The middle section in F# minor is softer, less lively in its long value accompaniment, which continues to mark or accentuate the 2nd beat. For the third time, Vivaldi begins by having the first lines declaimed to follow with a vocalise.

From the opera Giustino, composed in 1724, this aria corresponds to the passage in which Anastasio, defied by Vitaliano’s army, prepares for war and at the moment of departure bids farewell to Arianna whom he has just married and whose future absence is already weighing on him.

For the anecdote, the same music can be found to within a few details in the Violin Concerto RV387, in the slow movement.

In my mind, after listening to different versions and then after reading up on the work to get to know and understand it a little better, it was obvious to me that I wanted to record it on oboe and piano.

After downloading a score in the « very natural » key of Lab minor 😱 and risking a heart attack, I preferred to fall back on the original version of B minor. I still wonder why! 😄

G minor as in Jakub’s performance would have been equally nice on the oboe.

For a while I hesitated to finish on the middle section in F# minor because the aria is quite long. Very often in baroque arias the A part is disproportionately long, unlike the middle B part. I finally opted to play this part A again but changing the oboe entrance with an ornamentation that – when I listen to it again – reminds me of Klezmer music and its Turkish influences. Well, after… the story takes place in Constantinople and on the Bosporus Strait! 😅

I also had fun varying the registers by passing here and there in the high register, bringing a more oboetic palette, even if I tried to play in a rather declaimed way. As the characters are fictional and not historical, I had more difficulty finding material to make my video. By relying in particular on representations of Cupid and Psyche or Daphnee and Appolon, I wanted to script Anastasio’s thoughts and to poetically transcribe love, absence and the hoped-for reunion.

I was also strongly inspired by this magnificent photo by Naro Pinosa, inspired by the figures of Greek antiquity and digital collages. I hope he won’t be angry with me for using his photo, but I dare to believe that he will feel flattered to see how much I wanted to highlight it and how much it is imbued with charisma, gravity and poetry at the same time.

At last I leave you with my work. I hope you will enjoy it. See you soon. 😉

2 commentaires

  1. Bonjour Alain,
    on pourrait croire que ce morceau a été écrit pour le hautbois, belle déclamation, belles envolées lyriques. On ressent votre plaisir, plaisir d’interprète et plaisir du partage.
    Merci
    Gérard

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Gérard,

      Merci beaucoup ! Je suis heureux que vous continuiez à me lire et à m’écouter ! Et d’autant plus ravi si ce que je fais trouve avec vous un accueil favorable.

      Je pense en effet que cet air – comme beaucoup d’autres – est taillé pour notre instrument… Et que peut-être, nous ne chantons pas assez avec lui…

      A bientôt, Bien cordialement,
      Alain

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