L’heure exquise

« L »heure exquise », « A Chloris », oeuvres de Reynaldo Hahn, version hautbois et piano


Reynaldo Hahn est un immense compositeur. Cultivé, raffiné, un amoureux de la poésie. Et pourtant, il demeure peu connu du public. De tous les musiciens, ce sont les chanteurs qui le connaissent le mieux pour ses mélodies délicates et subtiles.

C’est quelqu’un qui a un profond sens du texte et de sa mise en musique.

reynaldo hahn portrait

C’est aussi un destin particulier. Né au Venezuela en 1874, d’une mère d’origine basque et d’un père allemand, Reynaldo arrive assez jeune encore en France. C’est lui qui réclamera qu’on l’envoie sur le front en 1914, bien avant de demander sa naturalisation.

Il resta lié à Massenet son professeur de composition. Un respect et une estime réciproques. Il continua de lui présenter ses oeuvres tandis que Massenet lui demandait de vérifier ses épreuves.

Et que dire de sa liaison amoureuse avec Proust avant de ne poursuivre avec lui une solide et belle amitié ?

« Si cela nourrit votre pensée de poète et votre génie de musicien, j’aurai du moins la douceur de penser que je ne vous ai pas été inutile. »

On garde d’eux une importante correspondance et je suis impatient de la lire !

lettre marcel proust reynaldo hahn


 J’avais enregistré déjà de Hahn – avec mes modestes moyens – (je parle de moi, pas des  micros) la célèbre mélodie A Chloris. C’était il y a un an environ.

J’adore le texte, sa préciosité mais aussi ses références mythologiques. Sa musique un rien néo-classique aussi, bien entendu !

Hier et c’est donc tout neuf, j’ai enregistré une deuxième mélodie de lui : L’Heure Exquise

Cela vous semblera incroyable sans doute mais ce qui est l’une de ses oeuvres les plus célèbres m’était totalement inconnu. 😶

Une révélation dont je sentais le besoin de m’approprier la musique et les sentiments.

C’est une oeuvre éthérée, en suspens, quasi immobile, léger pendule ou balancier qui alterne ses arpèges sur 2 accords pivots et les irise de quelques notes étrangères. Tout paraît simple, étonnement minimaliste.

La partition me semble nue, du papier de soie que je ne voudrais pas déchirer par mon jeu imparfait. Et cet aigu, cet élan qui m’appelle …

Que de difficultés pour moi à jouer ceci !  Bien sûr je souhaiterais que cela soit parfait mais je n’ai pas le goût de prolonger l’effort de peur de le rendre artificiel.

Je préfère celui de l’immédiateté.

En lisant ce poème, comment pourrais-je penser à Verlaine sans que Rimbaud ne vienne s’immiscer un court instant dans mes pensées ? C’est une forêt de symboles,  de Baudelaire à Mallarmé. C’est L’Eau et les Rêves de Bachelard qui remontent à la surface. C’est limpide. Evanescent.

La lune blanche
Luit dans les bois ;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée …

Ô bien-aimée.

L’étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure …

Rêvons, c’est l’heure.

Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l’astre irise …

C’est l’heure exquise.

 

Reynaldo Hahn is a great composer. Cultivated, refined, a lover of poetry. And yet he remains little known to the public. Of all musicians, it is the singers who know him best for his delicate and subtle melodies.

He is someone who has a deep sense of the text and its setting to music.

 

It’s also a special destiny. Born in Venezuela in 1874 with a mother of Basque origin and a German father, Reynaldo arrived in France at a fairly young age. It was he who demanded that he be sent to the front in 1914, long before applying for naturalization.

He remained linked to Massenet, his composition teacher. A mutual respect and esteem. He continued to present his works to him while Massenet asked him to verify his own.

And what about his love affair with Marcel Proust before pursuing with him a solid and beautiful friendship ?

« If that feeds your thoughts as a poet and your genius as a musician, at least I will have the sweetness to think that I have not been useless to you. »

We keep an important correspondence from them and I can’t wait to read it!

I had already recorded Hahn’s famous melody A Chloris – with my modest means (I’m talking about me, not the microphones 😅). That was about a year ago.

I love the text, its preciousness but also its mythological references. His music’s a bit neo-classical too, of course !

 

Yesterday, I recorded a second melody from him: L’Heure Exquise.

It will probably seem incredible to you but what is one of his most famous works was totally unknown to me. 😶

A revelation that I felt the need to make music and feelings my own.

It is an ethereal work, suspended, almost motionless, light pendulum  that alternates its arpeggios on 2 pivotal chords and the iridescence of a few foreign notes. Everything seems simple, astonishingly minimalist.

The score seems naked to me, tissue paper that I wouldn’t want to tear with my imperfect playing. And that high pitch, that elan that calls to me…

How difficult it is for me to play this !  Of course I would like it to be perfect, but I don’t feel like prolonging the effort for fear of making it artificial.

I prefer that of immediacy.

While reading this poem, how could I think of Verlaine without Rimbaud coming to intrude a short moment in my thoughts? It’s a forest of symbols, from Baudelaire to Mallarmé. It’s Bachelard‘s Water and Dreams that come to the surface. It’s crystal clear. Evanescent.

The white moon
Glows in the woods;
From every branch
Share one vote.
Underneath the boom…

O beloved.

The pond reflects,
Deep mirror,
The silhouette
Black willow
Where the wind weeps…

Let’s dream, it’s time.

A vast and tender
Apaisement
Seems to go down
From the firmament
Let the star iridescent…

It’s exquisite time.

 

Une réflexion sur “L’heure exquise

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