Un essai du hautbois Rigoutat J

Un essai du hautbois Rigoutat J


 

Je m’ baladais sur l’avenue

Le cœur ouvert à l’inconnu

J’avais envie d’tester ce jour

2,3 Rigoutat

Un hautbois ici ou là

Et je joue n’importe quoi

Toutes les notes de velours,

Canards de basse-cour !

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Préambule

1 rue de Montalembert. Paris, 7ème arrondissement.  Presque 10H en ce matin pluvieux. Je ne vous ferai pas croire que je suis là par hasard mais c’est presque improvisé — quelques publications sur Facebook m’ayant donné l’envie de venir voir de mes propres yeux.

[Comme je ne pouvais être là le jour pas si lointain de l’inauguration, j’ai décidé d’y faire un petit tour ! 😁]

L’avantage d’être en France et particulièrement à Paris, c’est que l’on peut visiter aisément la Sainte Trinité du hautbois. Alphabétiquement : Lorée, Marigaux et Rigoutat.

J’avoue que se rendre chez ce dernier était moins simple par le passé. Il fallait gagner Saint-Maur ou même encore Joinville-Le-Pont dont je garde pourtant de très bons souvenirs.

A quelques encablures de Sciences Po, le lieu est fort agréable, très sympathique ! Une décoration très soignée fait même écarquiller les yeux des passants peu habitués à voir dans ce quartier des techniciens travailler juste derrière une vitrine,  des artisans qui s’affairent devant leur établi arrondi, comme des horlogers.

Didier Licette m’accueille gentiment et m’amène à la salle d’essayage.

Dehors il fait froid, la Toussaint approche… Alors le temps de boire un p’tit café et de se réchauffer, mes yeux traînent partout avec plein d’étoiles : des outils, un tour, des pavillons ici, un bac avec des corps tournés, percés mais vierges…. sans les boules. (Humour mal placé vous trouvez ?🤣)

La visite proposée par la maison Rigoutat ? C’est ici :

bit.ly/2W8kvwY

photo Alain Vlamynck

Je regarde les hautbois. 3 J sont à ma disposition. Je n’aurais pas boudé mon plaisir pour d’autres modèles, surtout des Expressions mais la maison s’est préparée pour un congrès de l’Association Française du Hautbois à… Auxerre.

[Quand j’entends ce nom de ville ça me donne envie de vous citer un passage du Dîner de cons avec Lhermitte et Le génial Villeret mais je vais me censurer… Ou pas !!!!!!!!! 🤣]

Mon essai

Je sors mes anches, une petite collection avec des tubes différents : c’est utile. Je constate que la piperelle est plus étroite, rien de dramatique.

Je retrouve le clétage historique, traditionnel. Confortable dans l’ensemble mais la finition n’est pas au niveau. C’est flagrant et cela m’attriste un peu.

Le padding, le tamponnage est assez mince – très mince je trouve. L’action est basse mais pas des plus énergiques.

Ces instruments sont bien réglés. Si je le dis, c’est que je n’avais pas annoncé ma venue. Ce point est donc d’autant plus agréable.

Je suis surpris de voir des bois veinés, non vernis, quasi bruts, à peine polis. Ce n’est pas pour me déplaire.

La sonorité est compacte, assez résistante. Le timbre, très feutré et l’émission me paraît guidée. J’espérais plus de liberté ou d’aisance surtout que le J est vanté pour ça. Certaines liaisons ne manquaient pas de souplesse cependant.

Homogène : peut-être trop ?

J’ai essayé ces 3 hautbois avec des tubes variés mais standards et un grattage identique. Mais toujours en ressentant comme une résistance. Mes anches ne semblent pas convenir 🤔

Le suraigu est très accessible et j’atteins le Sol#6 sans forcer, dès mes premiers sons sur l’instrument. Le grave est résonnant et souple. Les 2ème et 3ème instruments étaient plus « vibrants » mais le 1er peut être un cadeau pour qui veut de la rondeur à profusion.

J’ai joué souvent bas au diapason et même si de bonnes choses émergeaient parfois, moi et mes anches n’étions pas exactement en harmonie. Il me faudrait procéder à des adaptations.

Une conclusion ?

Beaucoup d’années ont passées sans que je joue une note sur un Rigoutat. Je n’ai pas retrouvé le son et les sensations, les sentiments que j’avais. Du moins ceux que j’imagine me souvenir sur mon Rigoutat Symphonie…il y a…28 ans. 😱😄

Ici, c’était un modèle qui m’était totalement inconnu même s’il existe depuis quelques années déjà, réalisé dans le sens d’une évolution ou d’une réponse en lien avec la concurrence selon moi. Peut-être un Expression, un jour prochain, me conviendra davantage.

Comme vous le savez sans doute Philippe Rigoutat a  vendu sa société au Groupe Buffet. C’était en début d’année, en Janvier. Il a  en charge les hautbois qui portent son nom et les Buffet. Cela doit être un peu étrange comme situation à vivre et n’est pas sans me rappeler l’histoire de Lucien Lorée lorsqu’il a vendu sa firme à Raymond Dubois en 1925…

C’est là sans aucun doute un moyen de s’assurer de la pérennité de sa marque. On entendra dire que des synergies seront à trouver, que ces 2 marques vont innover (bien entendu) et se développer en parallèle. Mais là, j’ai un doute personnel.

Certaines personnes pensent que les hautbois de Rigoutat ont des points communs, un air de famille déjà, des similitudes avec les Buffet. Je suis perplexe. Les Univers dans lesquels ces instruments naissent me paraissent incompatibles à la base : une structure familiale et un groupe industriel avec des actionnaires, des fonds d’investissements. [Trail Capital, attaché à développer des entreprises européennes en Asie en travaillant avec CICC, l’une des toutes premières banque d’investissement chinoise. Son principal actionnaire est un autre fond de gestions et d’investissements : Amundi]

La philosophie d’un instrument c’est aussi celle de celui qui le construit. Il y a une tentation hégémonique de Buffet qui je l’espère laissera s’épanouir vraiment la marque Rigoutat, sans laisser perdre le savoir et le savoir-faire de ses ouvriers. L’avenir nous le dira.

En attendant et pour conclure, une citation que Blaise Pascal n’aurait pas renié même si c’est de moi :

« Le business a ses raisons,

Que le musicien ne connaît point »

 


Retrouvez mon essai sur Soundcloud ainsi que ceux pour d’autres modèles de hautbois !

 

 

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