Longing for Paradise

Longing for Paradise

Il était annoncé depuis quelques mois déjà, il est sorti depuis peu : voici le dernier album d’Albrecht Mayer « Longing for Paradise »

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Je l’attendais avec plus de curiosité que d’impatience. Il faut dire que depuis Tesori d’Italia je ne suis plus vraiment conquis de manière aveugle. Et même si la musicalité de ce précédent album était bien présente, la sonorité trop fine et perçante finissait par me rebuter ainsi que le répertoire avec des oeuvres certes « redécouvertes », pas inintéressantes mais loin d’être géniales ! Il peut bien y avoir de temps en temps une pépite étincelante sur laquelle on tombe mais très souvent si certaines oeuvres sont dans l’oubli, c’est pour une bonne raison : de la musique de 3ème catégorie !

Le disque est édité chez Deutsche Grammophon avec un packaging et un livret original ou l’interprète fait un peu le showman en photo. Signe des temps ?

Il a du visiblement arrêter d’utiliser les anches BAI car sa sonorité est à nouveau chantante, vibrante, certes claire mais plus de tenue. Je retrouve ici le charme de ces enregistrements chez Decca. Et j’en suis heureux ! 🙂

Le programme est un peu philosophique puisque Albrecht Mayer s’interroge sur le rapport qu’entretient un compositeur avec la guerre. Comment en effet peut-on écrire, peindre ou composer avec la misère et la violence en toile de fond ? Les oeuvres choisies sont donc toutes assez proches, soit de la 1ère soit de la 2ème Guerre Mondiale. Ce sont celles de Elgar, Strauss, Ravel et Goossens.

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Soliloquy d’Edward Elgar

La première oeuvre était une découverte je dois dire pour ma part. Une belle découverte ! C’est le second mouvement d’une suite pour hautbois et orchestre qui n’a jamais vu le jour ! Edward Elgar avait commencé ce projet en 1933 et ce n’est que bien plus tard, vers 1967 que ce seul et unique mouvement fut représenté en public grâce à l’orchestration de Gordon Jacobs.

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La musique est un peu automnale, poignante. L’accompagnement réduit des cordes et des bois soutient le hautbois avec ses envolées, ses cadences. C’est une oeuvre très poétique, une dentelle fragile. Albrecht Mayer joue avec beaucoup de finesse et de délicatesse mais ajoute cependant des liaisons qui enlèvent un peu de versatilité à cette pièce.

[Cette oeuvre peu ainsi rejoindre le panthéon des oeuvres inachevées pour hautbois comme la très belle Canzonetta de Samuel Barber. Poulenc et Saint-Saëns avaient -eux- eu le temps de finir leur sonate pour hautbois. Ce ne fût pas le cas de Debussy qui en envisageait une avec hautbois, cor et clavecin. Le hautbois porterait-il malchance ??? 🤪😁]

Tombeau de Couperin de Maurice Ravel

C’est en fin d’année 1914 que le compositeur débute cette oeuvre. Il la complétera essentiellement en 1917 en ayant été démobilisé et la terminera péniblement en 1918 après avoir perdu sa mère. Chaque mouvement est dédié à l’un de ses camarades morts au combat pour la patrie et l’oeuvre est un clin d’oeil au passé, au Baroque français avec les Suites de Danses et les Tombeaux rendant hommage à un illustre artiste.

tombeau de couperin hautbois

J’attendais beaucoup de cet enregistrement et j’avoue avoir été quelque peu déçu. Il s’agit en effet d’un arrangement qui rend le hautbois encore plus concertant qu’il ne l’est et je trouve de ce fait qu’il est moins intégré au reste de l’orchestre. Je trouve l’orchestration de Ravel de 1919 bien plus chatoyante avec tous ces bois et ces cuivres. C’est joliment interprété mais néanmoins l’ensemble se fait long et quelque peu monotone…A l’exception de la Fugue, délicate et plaintive, que Ravel n’avait pas orchestré justement !

Concerto en un Mouvement de Eugène Goossens

Ecrit à la demande de son frère, Léon, célèbre hautboïste, la partition est débutée en 1927 pour entreprendre une tournée aux États Unis. Elle doit allier technique et musicalité. « A short but transcendentally difficult work » dira le compositeur dans son autobiographie, qui a du remettre son ouvrage plusieurs fois sur le métier comme on dit pour satisfaire les exigences notamment techniques de son frère. 😁

partition oboe concerto Eugene GoossensSouvent interprétée comme oeuvre de concours, ce concerto est l’une des rares oeuvres jouée de Goossens qui était pourtant l’égal de Britten ou de Vaughan Williams dans ces années là… 😳

L’oeuvre ne démérite pas en effet. Elle s’appuie sur un réel travail motivique riche en développement, transpositions et mutations qui donne une certaine continuité à l’oeuvres dont on ne perçoit pas toujours la structure continue qui s’appuie sur un rondo. Les gammes par tons et le chromatisme créent un cadre ou se développent tour à tour un caractère lyrique, pastoral, parfois oriental mais souvent incantatoire. Polyrythmies et polymétries offrent une grande souplesse, une certaine ductilité au matériau thématique. La prise de son est bien meilleure que pour le Ravel et le hautbois paraît mieux intégré à l’orchestre. Il est soliste bien entendu mais Primus inter pares, son rôle paraît plus cohérent. C’est du moins mon avis personnel.

Concerto pour hautbois et petit orchestre de Richard Strauss

Cette oeuvre célèbre de tous les hautboïstes ne nécessite plus d’introduction, je pense. Je vous épargnerai donc sa genèse avec la visite du soldat John De Lancie chez Richard Strauss ! C’est une oeuvre tardive composée en 1945. Strauss plonge vers une forme de clacissisme avec ce concerto plus intime dont on perçoit bien la structure en 4 mouvements même si ces derniers sont enchainés. Sur la forme le premier mouvement rappelle la forme sonate ; le second et le 4ème mouvement s’appuient sur une forme Lied A-B-A ; le troisième mouvement adopte l’esprit d’un rondo tout en surfant sur le matériau thématique du 1er mouvement.

Il est amusant de constater que certains thèmes sont proches et perméables à ceux des Métamorphoses, du Bourgeois Gentilhomme ou de Une vie de Héros.

Albrecht Mayer joue d’une manière assez épurée le 1er mouvement, sur un tempo plus détendu que nous l’entendons d’ordinaire. Et c’est assez intéressant. Je préfère de loin le second mouvement où il met plus d’intentions et d’inflexions dans son jeu. C’est une affaire de goût. La suite est un long fleuve tranquille qui s’écoute paisiblement, avec plaisir. Mon seul bémol concerne peut-être l’orchestre et sa direction. Je trouve que cela manque parfois de brillant pour les cordes et de fougue ! Et là encore, la prise de son favorisant trop le hautbois, aplanit les dialogues et tous ces jolis motifs qui s’imbriquent les uns à la suite des autres et dont les contours sont estompés.

Je m’étonne simplement du fait qu’il ait choisi d’interpréter le concerto dans une version initiale. C’est du moins ce qu’il indique. Peut-être ne le savez-vous pas mais il existe 2 versions, deux éditions de la partition qui ont étrangement -et c’est anormal – le même numéro de catalogue chez Boosey.

partition oboe concerto Strauss final 1946

La 1ère version date de 1946. Elle se caractérise notamment par une fin plus directe. C’est celle que joue ici Albrecht Mayer. La 2ème version est celle qui est d’ordinairement employée. Elle date de 1948 et avait apporté des corrections mineures aux 2nd et 3ème mouvements mais ajoute surtout une extension, une coda au 4ème et dernier mouvement. Ce que je ne comprends pas c’est que Mayer choisit la 1ère édition mais notamment pour cette fin. Car à d’autres moments il se conforme à la 2nde édition que vous pouvez reconnaître à la dédicace en 1ère page que Strauss fait à son ami chef d’orchestre, Andreae Volkmar.

[Il existe également une autre version non publiée à ma connaissance mais avec des annotations de De Lancie qui a réalisé bien plus tard des coupures et des  aménagements de l’orchestration pour contourner la difficulté fondamentale de concerto : la respiration ! Je vous laisse chercher ses enregistrements sur Youtube. Je considère pour ma part que l’oeuvre est saccagée dans son esprit, dans sa construction. Je ne parle pas de son jeu. 😉]

Je sais qu’il avait déjà enregistré ce concerto sous un autre label il y a de nombreuses années. Est-ce justifié ? J’avoue avoir du mal à y trouver grand intérêt. C’est pour moi plus une pirouette.

Ma conclusion

En achetant ce disque, je confesse également que je souhaitais particulièrement entendre  ce concerto de Strauss et au final j’avoue me laisser séduire bien d’avantage par les oeuvres de Elgar et de Goossens. Sans doute le concerto de  Strauss aurait-il pu être mis en dernier afin de rendre plus accessible celui de Goossens ? Il est plus court, moins connu mais avec ses accents à la Stravinsky par moments, il vaut le détour ! Et sans doute faudra-t-il moi même que je m’y intéresse de plus près pour… le travailler ! 😀😇

Au final c’est un bon disque dont je ne regrette pas l’achat. Il reste maintenant à vous faire votre propre opinion !

Longing for paradise : Excerpts

albrecht mayer longing in paradise portrait 3