Les bloquants, c’est bêta

  • Un musicien à besoin de se doper
  • Un cycliste à besoin de se doper 
  • Donc un musicien est un cycliste qui s’ignore !

CQFD 😇😁


Blague à part, cela m’a amusé cet été de lire un article partagé sur FB concernant l’usage des bêta bloquants par les musiciens.

J’avais hésité à nourrir le post de quelques remarques…et peut-être même le pourrir un peu. 😂 Mais je me suis ravisé en même temps que certains souvenirs se ravivaient dans les méandres de mon esprit tortueux pour finalement livrer ici un nouvel article.

Tout d’abord, j’étais surpris et amusé de constater que cela soit un sujet (tabou?) pour des professionnels mais il convient également de prendre l’article lui même avec des pincettes. Tout ce que l’on lit n’est pas toujours la vérité et l’écriture procède d’une certaine manipulation : celle de vouloir convaincre, ce qui n’est pas un acte malveillant répréhensible !

Dans ma naïveté, j’aurais pensé que les « Pros » l’étaient suffisamment pour s’en passer. Pour moi, cela doit faire parti d’un package dans lequel il y a le talent sous plein de formes.

Ne dit-on pas d’un artiste qu’il est « accompli » ?

J’ai moi même utilisé un temps les bêta bloquants. Non seulement parce que je faisais de l’hyper tension mais surtout parce que j’avais complètement foiré mon examen de fin d’année. 

Au Conservatoire de Lille en niveau Moyen, j’avais eu la chance de jouer devant Pierre Pierlot et cela s’était particulièrement mal passé. Mes jambes flageolaient et je n’exagère pas ; Je devais jouer intégralement la 1ère sonate de Haendel, en Do mineur et ce n’était pas des croches inégales bien baroques que je jouais, ce n’était pas un groove subtil non plus mais une véritable danse du ventre, Shéhérazade en moins. 😄

thème haendel sonate do mineur hautbois

Je ne sais si les choses ont vraiment changé mais à l’époque on pouvait faire une année brillante et tout planter à l’examen final. Il n’y avait que lui qui comptait. Certains camarades s’en sortaient au contraire plutôt bien en ne sortant de leur léthargie musicale précisément qu’en fin d’année et avec une dose de « Je m’en foutisme » qui les faisait exceller contre toute attente. C’est ainsi. C’est la vie. 🤷🏻‍♂️

On ne m’a rien dit. (D’ailleurs, on ne m’a jamais rien dit quelque soit l’année ou le moment)

Je suis passé avec une 1ère mention mais pas les félicitations du jury… Et pour cause. Pierlot est resté dans son coin. Pas un mot pour quiconque. Finalement le jury aurait pu être le Père Noël 🎅 que je m’en serais mieux porté. Mais fortement déçu par la situation et par mon jeu, je prenais fermement la résolution que cela ne se reproduirait plus. J’avais beau être un adolescent, je n’en étais pas moins déterminé. 👊 💪

 

L’année suivante, plusieurs semaines avant l’examen, je consultais mon médecin et lui expliquais la situation. C’est là que j’ai découvert l’Avlocardyl ou Propanolol pour les intimes. Les comprimés étaient sécables et je devais en prendre 1/4 pendant quelques jours et un autre encore quelques heures avant l’examen. La « Sonate en Do mineur » de Vivaldi et le « Prélude et Danse » de Robert Planel  contaminé d’altérations chromatiques  sur fond de habanera loupée (mais un peu jazzy sur les bords… mais alors juste les bords ) passèrent sans encombres.

prélude et danse robert planel

Le DFE ou Diplôme de Fin d’Etudes était dans la poche. Je ne dirais pas « Finger in the nose » mais…. Pas loin ! 👆👃

Mon médecin m’avait dit qu’il n’y avait pas d’accoutumance ni vraiment d’effets secondaires. En fait, j’en doute mais je me suis toujours raisonné : juste l’examen de hautbois.  (Hautbois = 🌙😵🤕🔇☠️🍄🤡🤣)

Il m’avait également dit que cela m’aiderait a être juste « moi-même » et que cela ne me rendrait pas différent. Les rares moments où j’en prenais je me sentais vraiment bien, tranquille, apaisé avec le hautbois comme si tout roulait tranquillement sur des rails… Ce qui n’est pourtant pas le fait d’avoir des cheminots dans la famille ! Hé hé hé !

En attendant, ma petite amie de l’époque, le sentait tout de suite. Immédiatement. Elle m’attendait à la gare, sur le quai et pas 2 minutes après mon arrivée la sentence tombait : 

_ « Tu as pris un bêta bloquant ? 

_ Euh… comment tu le sais ?

_ Je ne sais pas, je le sens »

Et ça, c’était juste avec un 1/4 de comprimé !

Pour le DPS, le Degré Préparatoire Supérieur (ça fait classe, n’est-ce pas, ça fait compliqué ou virtuose…ça fait con surtout) les choses se compliquaient. J’avais joué de franchise en expliquant  à mon professeur et au directeur du conservatoire que je souhaitais travailler simultanément avec d’autres profs sur Paris…

(Voir article : J’irai cracher sur vos tombes )

André Caillieret  qui était vraiment détestable en cours paraissait presque « normal »  ce qui était loin de me rassurer. Je sentais que la tension montait et je voulais assurer absolument. Alors au lieu de prendre 1/4 de comprimé, j’en ai avalé un complet !

Je préfère en rire aujourd’hui. Mais j’ai vraiment joué à côté de mes pompes comme on dit. Heureusement les doigts fonctionnaient de manière automatique. Pour du Bozza, c’est le minimum syndical mais j’avais l’impression d’échapper à mon corps. Bizarre. Pas drôle. Et pas cool du tout !

Peu importe la suite des événements, je me suis dit que cela allait trop loin.


 

Je pratiquais la méthode Coué et j’essayais d’imaginer la situation : de visualiser. Je lisais des livres du trompettiste Michel Riquier. Ce n’est pas évident de solutionner le problème du trac, seul, à 17 ans…

Parfois, j’embarquais la boîte de médicament, en me disant « Au cas où ». Et cela fonctionnait bien souvent : c’était l’effet Placebo. (Non ! 😡 Pas le groupe pop rock !) 

Sorti du conservatoire, j’ai finalement découvert que l’on pouvait jouer « avec du plaisir », chose que j’avais indéniablement perdue.

Se concentrer dessus, sur cette quête du plaisir, sur cette notion de jeu, était une réponse.

Oublier les notes, les notions pour se souvenir de la seule finalité qui compte : la Musique quelque soit le niveau de l’interprète.

A la même époque je jouais également diverses flûtes à bec dans le groupe de musique traditionnelle flamande de mon frère : Hopland. (Pierre, c’est le moment de me lire ! 😝) Nous faisions souvent des bals le samedi soir.

Hopland album Confidanses
Ce disque est un Must Have… Mieux qu’un Collector !

 

Pour moi cette musique avait moins de prétention, c’était plus tranquille en dehors du fait qu’il fallait une bonne mémoire pour retenir les morceaux qui parfois se ressemblaient étonnamment. Face à la foule qui danse, il y avait parfois des impros et des quiproquos dans les enchainements. C’est la scène et il faut savoir être réactif et endurant car un bal… c’est long. Quelque soit le style musical, la scène même la plus modeste, est vraiment une bonne école avec le recul.

Jouer, jouer, jouer et encore jouer en public au point que l’on soit vacciné du trac. Soyons honnête : il reste là mais on le gère.

Effectivement il existe des techniques qui permettent de mieux se relaxer, d’être plus harmonie avec soi, d’être à l’écoute de son corps et de mieux en comprendre le fonctionnement pour ne pas s’éparpiller dans une énergie vaine hélas. Mais j’avoue ne pas avoir eu la chance de les pratiquer. Je me documente pour ne pas mourrir idiot : c’est déjà ça. 👌 Et je fais du Hautbois-Yoga devant The Big Bang Theory 🤡

Mais sérieusement je pense que le point de départ pour vaincre le trac, c’est l’enseignant. Il doit accompagner, être à l’écoute, dédramatiser, comprendre et JOUER avec nous dans cette quête de donner et prendre plaisir à jouer.

Le problème est tout ce qui est extra musical : un examen, un concert important, un enjeu professionnel, une pression que l’on nous impose ou l’exigence que nous nous imposons à nous mêmes.

Pour m’amuser j’invite enfin les « traqueurs » invétérés à enseigner la musique au collège : rapidement, vous n’aurez plus le trac…ou alors c’est que vous aurez démissioné ! 🤣 Chaque semaine 600 élèves vous écouteront, discerneront le moindre de vos gestes,. Même désinvoltes,  ils scruteront le moindre petit détail qui n’est pas habituel car ils vous connaissent bien à leur façon ! De l’heure, ils n’ont que ça à faire : vous observer. Et même s’ils vous apprécient, vous ou ce que vous faites, ils sont sans pitié et  jugent constamment. Ça vous blinde 😁

Maintenant que je parle d’eux, cela me fait penser au seul moment où j’ai encore une barre au ventre : c’est quand ma chorale chante ! En effet, au concert les choses peuvent m’échapper et ce sont mes élèves qui ont le trac comme dans une téléréalité ! 😨 Quand à moi, Dieu merci, quand cette barre au ventre arrive… C’est souvent après le concert ! 😂


En conclusion :

Pas de stigmatisation, pas de quoi fouetter un chat pour un bêtabloquant pris ponctuellement une fois à jamais. Cela peut tout de même aider. Mais cela ne peut être  in fine LA solution pour le trac.

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