Wings : Emmanuel

C’était il y a une dizaine de jours au moins. Une personne venait de s’abonner à mon blog et je découvrais à mon tour ses billets nostalgiques, calqués parfois sur les saisons ou évoquant différents sujets comme les animaux ou l’univers de la télévision et de la radio. Il l’écrit lui même, ce sont des souvenirs d’un instant, d’une seconde, d’une émotion…

Blog « Ça me revient »

Et c’est donc en parcourant le blog « Ça me revient » de Stéphane Guitton, que soudainement me revenaient en mémoire des souvenirs lointains, ceux d’un vieux générique, un de ceux qui vous marque, qui vous touche à une époque où il n’y avait pas 36 chaines de télévision et où celles-ci n’avaient pas de programmes sur 24H ! Il fût utilisé de 1975 (une superbe année…) à 1983 sur la 2ème chaine.

On y voyait des hommes volants dessinés par l’artiste belge Jean-Michel Folon sur une musique de Michel Colombier

Immédiatement, à l’écoute vous comprenez. Vous comprenez pourquoi cette musique me parle. Ou du moins le croyez vous.

Il est difficile de ne pas repérer le solo de hautbois ! Pourtant… A l’époque je n’en jouais pas encore. J’aimais ce générique en voyant en lui un peu comme une sorte de dessin animé dont j’aurais voulu voir un début… Ou une fin ! Outre ces impressions d’une époque lointaine qui refont surface peu à peu, cette mélodie mélancolique me touche aujourd’hui plus encore.

Le tempo est lent. Sur un tapis de cordes, des accords de 7èmes s’enchainent sur une marche harmonique où se mêlent retards et anticipations. De petits commentaires répondent et complètent la mélodie : les cuivres gagnent en présence quand le synthétiseur dévoile quelques sonorités bien typiques des années 70 et qui font sourire aujourd’hui. Dans une tonalité rare pour ne pas dire improbable mais que j’affectionne dans mes compositions pianistiques, celle de Mi bémol mineur, le hautbois tend progressivement sa cantilène douloureuse mais teintée de clarté. L’arpège initial s’étire mais très vite un silence s’interpose entre chaque syntagme. Au bout de 8 mesures, une conclusion dans le grave du hautbois précède un nouvel élan, plus aigu, plus tendu qui se conclut à son tour 8 mesures plus tard.

C’est d’une tristesse paisible mais réconfortante. J’aime écouter cette sonorité de hautbois qui est si éloignée de ce que l’on entend aujourd’hui : de la lumière, de la finesse, un vibrato prononcé, mieux, une vibration.

Ce solo est celui de Claude Maisonneuve, comme celui de  « La Montagne » de Jean Ferrat

Claude Maisonneuve

claude maisonneuve

Né en 1928 dans une famille où respire la musique,  Claude apprend le hautbois dès 8 ans avec son père. Mais issu d’un milieu modeste, son père qui ne l’imagine pas forcément faire carrière dans la musique (même si son fils a impressionné Philippe Gaubert lors d’un concours d’harmonie) l’encourage à poursuivre des études techniques et à travailler en tant qu’électricien !

En 1949, dans la classe de Pierre Bajeux, Claude Maisonneuve obtient son 1er Prix de hautbois à l’unanimité. Il gagne également le 1er prix du Concours International de Genève en 1952 puis entre à l’Opéra-Comique en 1956. Il a alors 28 ans. Sa carrière est singulière, éclectique. A l’univers de l’opéra se mêlent les Variétés (avec André Popp célèbre pour son « Piccolo Saxo et Compagnie » !!!), le Jazz avec Claude Bolling et la Musique Contemporaine avec le Domaine Musical de Pierre Boulez notamment.

Il fût également connu et respecté en tant que professeur au conservatoire de Rueil-Malmaison, à côté de Paris.

 

Michel Colombier

michel colombier 2

Lui aussi débute la musique avec son père, dès 6 ans.  Il apprend le piano et à l’adolescence, il improvise et découvre le jazz. Au Conservatoire Supérieur de Paris, situé alors rue de Madrid, il fréquente la classe de piano. Mais l’enseignement dispensé ne lui convient pas et le désespère. Il en sortira sans diplôme, renvoyé !

Quelques années après, en 1961, il joue du piano pour le compositeur Michel Magne dont il fera ensuite des arrangements  avant de collaborer pleinement ensemble. Engagé par Eddy Barclay il travaille pour Aznavour et arrange nombre de chansons pour Gainsbourg. « Elisa », c’est lui !

Il collabore avec Pierre Henry (qui oublie comme par hasard de le mentionner sur le disque) et se préoccupe de musique électronique mais aussi de ballets pour Mikhail Baryshnikov, l’American Ballet Theater ou les Ballets de l’Opéra de Paris ! En 1968 commence sa carrière aux Etats-Unis. Il enchaîne avec des musiques de films comme « L’Alpagueur » en 1976.  Il a composé nombre de choses dont on ignore que c’est de lui : la série Largo Winch en est un exemple !

Mais c’est en 1971  qu’est sorti son disque le plus célèbre : « Wings » . Salué par la critique, récompensé par de nombreux prix, cet album qui mélange jazz, variété, rock, classique est vu un peu comme « La 1ère symphonie pop ». C’est un concept à lui seul. Et c’est dans cet opus que prend place « Emmanuel »  que le compositeur avait écrit, en pensant à son fils, mort, à cinq ans.

Mon enregistrement 

Je ne connaissais pas ce dernier détail avant de creuser un peu ces derniers jours. Et la musique qui me touchait déjà, m’émeut encore plus aujourd’hui. J’ai senti l’envie, pour ne pas dire une force qui me poussait à l’enregistrer. La musique peut paraître simple mais j’y voyais tout de même un challenge. Ne serait-ce que pour l’expressivité !

wings emmanuel alain vlamynck

N’ayant pas trouvé de partition digne de ce nom, j’ai passé quelques jours à murir mon petit projet. De nombreuses écoutes avec les notes prises à la volée. J’avais simplement tout noté initialement en Mi mineur pour aller plus vite ! Installé au piano, j’ai longtemps  médité sur les harmonies sans jamais saisir le hautbois. Puis je me suis décidé, une après midi. Le plus souvent je séquence le piano mais j’ai préféré directement l’enregistrer en audio dans Garageband, pour capter le naturel et les bruits – dans une certaine mesure – qui vont avec.

Evidemment dans cette musique placide, sans grande difficultés, c’est quand vous enregistrez que vous multiplier les pains comme Jésus… Mais le plus dur était la prise de son que je voulais proche, intime. Ça, c’est beau à dire mais ce n’est pas si simple.

Sur ma lancée je me suis décidé à enregistrer des nappes de cordes, qui doublent les accords en valeurs longues mais discrètement. Je n’étais pas certain du résultat m’apprêtant à presser la touche delete mais finalement je trouve que cela rend bien et rappelle un peu (j’ai dit « un peu ») la version originale. Comme mes moyens techniques, matériels et humains sont limités et que ma motivation est de m’amuser je n’ai pas chercher cette fois ici encore à livrer un enregistrement professionnel. Ce serait purement chimérique.

Je n’ai joué que 2 fois le hautbois pour ne garder que la 2ème prise qui me semblait spontanée et bien ressentie même si, ici où là, un Si et un Ré bémols aigus et fluctuants auraient mérités d’être meilleurs ! Malgré cela, nulle correction logicielle, ma démarche est authentique et simple. Ça passe ou sa casse, avec mes qualités et mes défauts ! A l’écoute, j’espère que vous apprécierez mes efforts pour restituer au moins… une émotion.

2 commentaires

  1. alain sijeve dit :

    Bonjour Alain,
    J’ai envie pour la mémoire de partager un peu de mon histoire avec vous au travers des personnes citées que je remercie.
    C’est cette musique d’Antenne 2 d’ouverture et de fermeture des programmes qui m’a permis de découvrir le hautbois et m’orienter quelques années plus tard vers son apprentissage avec Daniel Pierron au conservatoire de Roubaix,. le même qui à permis à François Leleux de débuter.
    Les souvenirs me remontent, je me rappelle aussi d’Édith Bruel professeur de  » solfège » très pédagogue, douce gentille de ce conservatoire qui m’encourageait dans mes efforts, elle même élève de Daniel Pierron.

    Tout cela n’a été possible dans les années 80 que grâce à l’obstination et l’implication d’un professeur de musique au Collège M. PINOIT Maurice qui animait un club de flûte à bec au collège (et oui une époque pour moi) qui était par ailleurs professeur de Clarinette, directeur adjoint de l’école municipale de musique de Wattrelos, chef d’orchestre. Un homme accessible, simple, profond et généreux.
    Bref, je n’ai que louange pour ce professeur impliqué et d’exception au collège qui m’ a permis au travers de la musique de trouver un sens, un intérêt, de prendre confiance, de devenir…

    Intéressé par ce qu’il faisait, il m’avait demandé de participer au club de flûte à bec et voyant mon enthousiasme à faire de la musique contrairement aux autres disciplines m’a très fortement encouragé à aller faire un tour au conservatoire de Roubaix ( l’entrée se faisait par la rue Soubise à l’époque)
    Une très grande chance lorsque l’on sait la difficulté à trouver l’enseignement du hautbois.
    Daniel Pierron venait d’Arras pour enseigner mais en même temps quelle chance de l’avoir eu comme professeur de hautbois.
    J’ai repris l’apprentissage après de nombreuse année d’interruption (raison professionnelle) avec un professeur d’exception sur Colomiers en Haute Garonne, il y a maintenant une dizaine d’année.
    Je profite de ce message pour tous les remercier et vous remercier chaleureusement pour le travail passionné autour du hautbois et du site que vous animez.

    Je vous souhaite à l’occasion de ces quelques lignes « d’ouverture des programmes » de ce début d’année une très une agréable année 2020 avec la musique et la santé pour l’animer.
    Bien Hautboïstement
    Alain

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    1. Merci beaucoup Alain pour ce beau témoignage !
      Il est amusant de découvrir que nous avons donc été « voisins » en quelque sorte. J’ai connu quelque peu Daniel Pierron, dans sa classe à Roubaix mais plus souvent à Lille où il venait lors des examens.

      Je vous remercie également de vos bons voeux et vous prie de bien vouloir recevoir les miens en retour : Que 2020 soit pour vous une année heureuse, tout simplement, et riche de musique !

      Merci de me lire.
      Très cordialement,
      Alain V.

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