On s’en tamponne

Pour les quelques personnes courageuses qui me suivent sur Facebook et passionnées par le hautbois, le sujet qui va suivre n’est nullement une surprise.

Depuis quelques temps je laissais fleurir sur ma page des photos et même une vidéo récemment mise en ligne qui laissait deviner le sujet…

Pour tous les autres, le titre de l’article sera un dernier indice à moins qu’ils ne s’en servent pour crier leur humeur sponsorisée par Tampax :

On s’en tamponne !


 

Un peu d’histoire ?

Depuis de nombreuses années déjà existent des tampons au silicone pour hautbois. Je sais que Ludwig Frank les a popularisés sur ses hautbois « Brillant » et depuis 2 ans on le trouve plus fréquemment sur les instruments de la gamme Mönnig ; ce qui est assez logique.

hautbois tampons silicones 3

J’ignore si d’autres marques développent de leur côté ce genre de tampons. Mais si tel est le cas, l’usage doit en être assez rare encore pour le moment.

hautbois tampons silicones 2

Des entreprises comme Rezonanzoptimierung développent également des tampons vraiment hi-tech avec plusieurs couches de silicone dont une contenant du Quartz et de l’oxyde de fer.

QRP tampon

site de Resonanzoptimierung

Pourtant, il semble que cela ne soit pas une invention récente à en juger par les brevets d’inventions.

En 1976, Edwin Norbeck déposait un brevet pour des tampons pour instruments à vent ayant un disque en élastomère de silicone compressé.

US4114500-1
Brevet d’invention d’Edwin Norbeck

 

Mais le plus amusant pour moi fût de découvrir tout récemment qu’un certain Gerhard Koerner s’était déjà intéressé à un tampon ayant un disque de silicone dès 1969 et dont le brevet DE1937806A1 est appliqué en Allemagne en 1971. Gerhard Koerner travaillait pour la société Blechblas U Signal Instrumente VEB.

Cette société vous est plus familière sous le nom aujourd’hui de B&S et si vous avez lu mes articles concernant Mönnig, vous savez donc que cette société se trouve à… Markneukirchen !

CQFD.

ou Q.E.D pour mes lecteurs anglophones 😉

Gebrüder Mönnig : partie 1

Gebrüder Mönnig : partie 2

 


Mon expérience personnelle

C’est en avril 2017 que j’ai essayé pour la première fois un hautbois Mönnig AM avec ces tampons. Et il est vrai que j’ai tout de suite été séduit par la vibration que l’on sentait jusque au bout des doigts !

J’ai eu l’occasion à nouveau d’essayer un modèle similaire cette année, encore en avril ! 😄 Et j’ai été conquis.

J’ai donc souhaité procéder au changement de ces tampons. Déjà l’an passé je souhaitais le faire mais j’avais été « refroidi » par quelques luthiers qui ne les aiment pas trop et ont des doutes quand à leur évolution pour boucher l’instrument, ce qui est tout à fait compréhensible. Là, je prenais directement rendez-vous avec Veit Schindler et Christian Gander pour procéder à cette opération chez Mönnig lors de mes vacances en Allemagne.

photo alain Vlamynck

Une journée avait suffit, même un peu moins, mais j’avais profité pour visiter la ville et son musée. Lors de l’essai, avant de rentrer, je sentais immédiatement que j’avais un nouvel instrument, un instrument…différent.

⇒ Les jours puis les semaines ont passé. Les idées se font plus précises. Parfois, le ressenti est contradictoire. Je peux m’enthousiasmer comme me sentir gêné et même vivre ces sentiments au sein d’un même morceau ou d’une seule phrase ! 😱

⇒ Globalement satisfait, je pense que ces tampons m’apportent un sentiment de facilité. J’ai l’impression d’être plus au « contact » de mon instrument, de mieux ressentir les vibrations de la colonne d’air.

Sans doute est-ce psychologique (un effet placébo ?) mais j’ai l’impression de soutenir plus aisément les notes avec une nuance PP et surtout mieux réussir mes diminuendi al niente.

⇒ Les notes prennent plus d’ampleur ou du moins en donnent l’illusion. Je crois que le mot clé est : Résonance ! Surtout dans le grave ! 😃

⇒ Avec le temps, la sensation de vibration au bout des doigts s’estompe très vite. On n’y pense plus. Mais cela dépend un peu des anches également. De temps en temps, toutes les notes paraissent neutres sous mes doigts, sauf une, plus vibrante. Et quand je rejoue le trait, il est fréquent que cette situation disparaisse. Troublant. 🤔

Si l’un des avantages de ces tampons est le bouchage (que je trouve bien meilleur), force est de constater qu’ils semblent affecter le toucher. Je m’explique.

La sensation de jeu, d’un point de vue tactile, est vraiment différente. J’ai l’impression qu’il n’y a pas d’amorti quand on appuie sur un plateau. Peut-être est-ce en raison du disque de silicone fixé au tampon liège, forcément plus rigide ?

⇒ Les tampons ne « claquent » pas pour autant en jouant. Un autre de leur avantage est que -normalement- ils ne peuvent pas coller. J’ai pourtant eu la sensation que les transitions en passant d’une note à l’autre étaient quelque fois moins nettes. C’est difficile à expliquer.

J’avoue avoir préféré passer du papier poudré sous ces tampons pour améliorer cela sans être sûr pour autant de l’impact que cela peut avoir sur du silicone !

J’adore jouer silencieusement du hautbois le soir, devant ma télé. C’est mon Yoga à moi ! Je travaille la souplesse des doigts, leur régularité, l’exécution de certains traits et peut-être cela me rend-il plus sensible au toucher que je trouve hélas un peu « élastique ». 😏

photo

En conclusion

Pour résumer un peu les qualités et les inconvénients que j’ai ressentis et qui ne sont que l’expression de ma modeste expérience durant ces deux derniers mois, je vous propose le tableau suivant :

Alain vlamynck

J’ai également réalisé une vidéo comportant 2 enregistrements. Ils ont été réalisés dans les mêmes conditions : même extrait, même placement de micro… Même musicien, même instrument et… Même anche ! 😄

Pour le commun des mortels on constatera qu’il n’y a pour ainsi pas grande différence. Les tampons en silicone influent beaucoup plus sur la perception, le ressenti de l’interprète que sur le rendu sonore pour l’auditeur. C’est plus une question de confort personnel en somme, que l’on apprécie…ou pas !

Plus attentivement, on perçoit que mon 2ème enregistrement était plus vibrant, avec une sonorité moins ronde. Ce n’est pas nécessairement un mauvais point mais plutôt une question de goût. Pour que cela soit parfait il aurait fallu que je puisse réaliser les 2 enregistrements dans la foulée or une semaine après, j’ai eu l’impression que l’anche avait « tourné au vinaigre » en mon absence. C’est ainsi !

Si vous en avez la possibilité, essayez cela ! Et si vous en jouez depuis longtemps, n’hésitez pas à me donner votre avis sur votre expérience et/ ou sur mon article 😉