Mon essai du Virtuose

Dernièrement j’ai eu l’opportunité grâce à Marie Haerrig de venir à l’usine Buffet Crampon à Mantes-La-Ville pour essayer leur tout dernier modèle de hautbois professionnel : le Virtuose.

C’était pour moi également l’occasion de visiter les ateliers. Et je remercie Jonathan Vanhove de m’avoir consacré du temps ainsi que d’autres techniciens qui ont pris la peine de m’expliquer leur travail comme Madjid, Jean-louis et Aurélien par exemple.

Qu’ils soient tourneurs, passeurs de perce, bouleurs, clétiers et soudeurs, ou finisseurs encore, le personnel fût bien disponible avec moi : Qu’ils en soient remerciés !

 

 

La visite dura la matinée. Après un repas fort sympathique également, le temps était venu pour moi d’essayer le Virtuose.

Il était vraiment amusant pour moi de constater que mon regard sur ce hautbois qui me tendait les bras était bien différent ! Quand on voit concrètement le travail, les efforts et les personnes qui fabriquent chacun à leur mesure une partie de cet instrument même petite, la vision n’est plus la même : les pièces qui le composent prennent alors une autre apparence.

Physiquement c’est un bel hautbois, original. Le clétage est soigné. Sa « philosophie » quelle soit esthétique mais aussi sonore est bien différente du modèle Orfeo ou de ses prédécesseurs. C’est là sans doute une nouvelle direction pour ceux habitués à jouer Buffet…

Photo Alain Vlamynck

La sonorité est chantante, ronde et même un peu étouffée à mon goût. J’en étais surpris car on s’imagine souvent que pour obtenir cela il faut des parois épaisses. Ce Buffet n’est pas un modèle XXL : il reste léger. C’est un hautbois homogène et très centré mais qui dicte un peu sa loi. Ce hautbois vibre facilement, résonne et sa prise en main est facile, confortable. La mécanique est assez silencieuse. Le grave est facile d’émission.

Photo Alain Vlamynck

J’apprécie particulièrement l’ergonomie des spatules Si et Sib graves. Le Sol# s’accouple bien avec le Mib gauche pour obtenir par exemple un Mi aigu : le petit doigt de la main gauche n’a pas besoin de se contorsionner ou d’exercer une pression plus forte ! 👍

Photo Alain Vlamynck

Photo Alain Vlamynck

Les spatules Do, Do# et Mib à la main droite sont pratiques à l’usage. Une bonne ergonomie : elles sont rapprochées et ont une action rapide, directe et légère. Et leur dessin complexe – limite futuriste- est particulièrement réussi : Bravo !

 

 

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Le plateau du Fa# est très allongé. Sa chemise est percée comme pour en alléger l’aspect. Je pense que si de nombreux musiciens posent leur index main droite dessus plutôt que sur le plat du plateau (comme on le m’a indiqué et comme c’est souvent le cas par ailleurs…) il faudrait peut-être alors voir à monter le porte pouce réglable.

Comme j’ai déjà eu l’occasion d’en parler dans un précédent article, le porte pouce est plutôt positionné de manière à aider les petites mains. Mais quid des grandes ? Le pouce devrait se trouver sous le Fa# et bien souvent c’est le haut du porte pouce qui s’y trouve …

Il est habituellement compliqué de le mettre plus haut en raison de l’espace nécessaire à l’emboitement  des corps : le couple tenon-mortaise rendant le bois assez mince dans cette zone pour le fixer peut-être…

Mais ici et comme lu  dans mon article Virtuose ! Ce hautbois à une découpe singulière qui reprend les proportions des modèles Boehm que l’on trouvait à la fin du XIXeme  avec un 1er corps plus long. Remonter le porte pouce plus haut serait ainsi très facile et profitable aux grandes mains !

photo Alain Vlamynck

Sur un autre point, j’ai apprécié les aimants sertis dans le mécanisme. Notamment pour le Sib. La découpe de l’instrument impliquait de nouvelles correspondances avec de ce fait un appui encore moins direct pour le Sib grave qui pourtant se révèle ici net et léger : un mouvement franc que permettent ces aimants.

C’est une idée à méditer et s’inspirer pour les autres fabricants. J’aime ! 😍

Quelques petits bémols viennent toutefois fleurir ce compte rendu…

Photo Alain VlamynckJ’ai trouvé la 2e clé d’Octave très courte et assez basse.

 

Photo Alain VlamynckJ’aurais adoré un « Fa main gauche » plus bas (et pourquoi pas réglable ?) permettant de glisser sur les spatules du Sib au Mib gauche. Je sais ! Ce n’est pas souvent nécessaire mais quand cela arrive … On est content de le faire aussi naturellement que cela puisse être possible pour un enchaînement scabreux de ce genre !

 

 

Il est possible de changer de pavillon pour la sonorité. Mais eu égard à sa taille très courte je n’ai pas trouvé son impact très probant. Cela n’engage que moi bien entendu. Le buis est léger, clair avec quelques noeuds. Bien sûr la matière n’est pas la seule à importer. Cela peut être la perce ou les dimensions mêmes du pavillon qui peuvent offrir un sentiment de personnalisation. Mais cela ne m’a pas marqué et je sais que cela impacte forcément le prix final.

Si j’osais je proposerais de faire l’instrument uniquement en deux parties dont celle du bas qui resterait dans un bois plus tendre comme le bois de rose, le bois de violette, le cocobolo ou d’autres encore.

Un instrument tout en buis serait également un tout autre challenge technique et une expérience alléchante !

Sur l’aspect même du bois les modèles que j’ai eu en main avaient un aspect mat, ne laissant pas vraiment voir les veines du bois c’est un point esthétique qui me tient pourtant à cœur.

Sur cette vidéo vous trouverez quelques extraits enregistrés modestement avec mon iPhone à l’atelier du service après vente où officie Jonathan justement.

photo Alain Vlamynck

Je jouais une anche plutôt libre et montée sur un tube assez étroit, un D11 de L&F en 46mm. Mon intonation était un peu haute mais le suraigu était plus bas : surtout mes Do# et Ré : le plateau de Fa de fourche actionné par la spatule du Do grave avait un appui un peu fort : juste une question de réglage mais pas un défaut.

Par contre ce sont mes propres défauts qu’il faut ensuite pardonner ! D’autant plus qu’en essayant un instrument on est souvent un peu « speed » et que l’on passe du coq à l’âne quitte à répéter de manière névrotique le même passage qui loupe à chaque fois ! 🤣

Tout hautbois mérite que l’on prenne son temps, qu’on l’étudie et que l’on s’y acclimate. Il faut parallèlement être à l’écoute de nos sensations qui ne sont pas toujours très objectives par ailleurs.

Je vous invite si le cœur vous en dit  à vous faire votre propre idée et à venir l’essayer. C’est un instrument intéressant, qui vient de naître et qui évoluera peut-être encore.

Lors du repas, François Billecard et Philippe Leconte  qui m’accueillaient bien amicalement me disaient qu’ils étaient conscients d’être en quelque sorte des challengers sur le marché des hautbois professionnels contrairement à leur position dominante sur celui de la clarinette.

Avec le modèle Virtuose, Buffet Crampon sort son atout.