Un instrument difficile ?

Il y a quelques semaines j’avais vu fleurir un fil de discussion sur Facebook aussi amusant qu’inutile:

Une personne demandait si le hautbois était vraiment l’instrument le plus difficile du monde.

Taquin de nature j’avais envie de répondre au choix l’une de ces 2 possibilités :

  1.  Non, je pense que c’est le triangle 😂
  2. Oui et c’est même pour cette raison qu’au bout de 30 ans je commence à faire enfin des progrès ! 😳 🤣

 


 

maitre ShifuEn toute honnêteté je ne sais pas si c’est le plus difficile… disons que c’est celui que je n’aurais pas dû choisir pour avoir une vie musicale plus simple et « apaisée » comme dirait Shifu.

 

Si seulement une anche de hautbois était aussi simple qu’une touche de piano !

Car en dehors de ça il faut avouer que l’on est assez chanceux : les doigtés en dehors du suraigu sont plutôt très simples et le mécanisme à plateau nous assure un confort de bouchage bien supérieur aux anneaux de la clarinette ! Ouf 😅

Le problème est et restera toujours l’anche. ☠️

Avec elle il faut contrôler l’émission du son, la justesse, la sonorité, l’expression. Il faut savoir pour cela gérer la « pince » des lèvres, savoir gérer la mise en pression de son souffle qui doit passer dans cet espace minuscule et crispant qu’est l’anche et avec laquelle on doit mettre en vibration le hautbois. Au commencement il faut surtout savoir rester en vie quand votre tête d’hautboïste débutant(e) passe par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et que l’on arrive enfin à sortir un son !

Anche de hautbois Alain Vlamynck

 

 


 

Hier soir j’ai eu « l’immense plaisir » (non ce n’est pas vrai 😜) de rester au collège pour une réunion parents professeurs : rien de tel qu’une journée de travail dépassant les 10 heures avec 30 élèves par heure ou leurs parents !

 [Une bien « meilleure mauvaise » idée de fil de discussion serait à mon avis :

« Pensez-vous qu’il vaut mieux supporter les élèves ou leurs parents ? » 🤓]

Lors de cette réunion j’y ai vu une de mes 600 élèves, une ado qui fait du hautbois dans une toute petite structure municipale. Son père m’a appris qu’elle comptait arrêter. Je trouvais cela dommage. J’en étais sincèrement attristé.

« Mais comment peux-tu arrêter le plus bel instrument du monde et de la galaxie ??? » lui dis-je.

Son problème ?

_Un manque de motivation et d’enthousiasme pour l’instrument.

Et pour quelles raisons ?

_Les anches !

… Les anches qu’elle attend toujours de son professeur de hautbois et qui ne sont pas non plus le top du top.

Cet article pour moi – bien qu’avec un peu d’humour au début – est avant toute chose un coup de gueule 😡

Quelque soit le niveau de l’école et du prof de hautbois, il faut être à même de fournir des anches aux élèves ! Et des anches faciles¹ !!!

Oui ça existe !

Pourquoi faudrait-il souffrir sur un hautbois ?

photo Alain vlamynck

 

 


 

La plus grande difficulté n’est hélas pas dans l’apprentissage du hautbois mais dans la sélection des élèves face à l’argent hélas. C’est un instrument onéreux.

Car il faut l’admettre : les anches représentent à elles-seules un investissement.

Une anche prête à l’emploi c’est un budget que les parents ne sont pas toujours prêts et convaincus de payer. Quand j’enseignais le hautbois, j’avais beau conseiller le renouvellement d’une anche ou le fait d’en avoir une de secours les parents faisaient souvent la sourde oreille et leur porte monnaie aussi…

Sauf… quand je les avais eux aussi comme élèves adultes ! Dans ce cas là ils en achetaient pour eux-mêmes… 😶😕

Mais les plus jeunes – eux – restaient avec la même anche, le même « poireau » pendant des mois : une anche fermée, fatiguée, ne répondant pas… ou alors durant 5 minutes… 😳😬

C’est dommage : les anches sont un investissement indispensable pour jouer, travailler et donc progresser.

Les élèves hautboïstes méritent de bonnes anches, celles qui ne sont pas montées à la va vite … ni celles dont le professeur ne voudrait pas ! Mais des anches adaptées à leur niveau.

Sur un autre plan, les élèves méritent aussi de bons instruments.

Pourquoi donc apprendre à souffler dans une poutre ?

les écoles de musiques feraient mieux d’entretenir un parc de bons instruments que de renouveler les instruments par l’achat de modèles de 3ème catégorie… Au final cela se révèlerait plus durable et plus économique.

Malheureusement un bon hautbois coûte cher… Trop cher. Vous pouvez oublier les chinoiseries sur Ebay que certains revendeurs professionnels peu scrupuleux estampillent d’un nom commercial venu de nulle part et font passer pour leur production. Vous pouvez également oublier les hautbois à moins de 2700€ : c’est de la merde à prix d’or.

Alors oui, le prêt d’un bon instrument engage d’autant plus la responsabilité de l’élève et de ses parents quant au soin à apporter à l’instrument. [et notez qu’une bonne assurance n’est pas superflue…]

Anche de hautbois Alain Vlamynck

Enfin, je ne dit pas que l’instrument fait tout et que l’on doit dispenser l’élève de faire de réels efforts. Mais à quoi servent des efforts inutiles ? Qui ne souhaiterait pas un instrument à l’émission confortable, à un clétage soigné, à un mécanisme précis, finement réglé et durable ? Qui ne souhaiterait pas un instrument plus juste, avec une meilleure projection et avec un timbre chantant plus facilement ? Qui ne souhaiterait pas un instrument permettant de s’exprimer plus aisément ???

Un bon instrument avec une bonne anche et cela devient tout de suite plus facile pour faire de la Musique ! L’élève vient pour ça et non pour vivre une séance de torture.

Le hautbois : un instrument difficile pensiez-vous ?

 

¹Ok vous pensez que ça tient du miracle ?

²Pour un bon instrument d’étude à neuf, voyez un E30 de chez Fossati ou un YOB 431 de chez Yamaha : super rapport qualité/prix.

En occasion, visez tout de suite un hautbois supérieur, un modèle professionnel ! Gain de temps, gain d’argent.

Après… si le professeur peut conseiller à l’élève et ses parents autre chose que la seule marque qu’il joue lui même… ce sera un progrès supplémentaire !

 

Un commentaire

  1. Robin Tropper dit :

    Si bien, si bien, si bien dit!
    Les premières années de ma « renaissance du hautbois, juste avant le début de mon blogue, j’étais en guerre pour prouver que le hautbois (et la fabrication des anches) n’est nullement si difficile. Aujourd’hui, surtout avec mon merveilleux Bulgheroni neuf, le vent me souffle moins fort dans les voiles en ce qui concerne la lutte: j’accepte la difficulté principale de l’instrument, l’émission et le contrôle sonore (à comparer à la flûte à bec ou le piano) et je me résigne à simplement prendre plaisir dans les sensations sublimes et enivrantes qui résultent de la peine qu’on y investit.

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