Touchons du bois !

Il y a longtemps, très longtemps…. dans une lointaine galaxie…

Les hautbois étaient jadis faits dans des bois assez communs en Europe, là où il était né. Cela pouvait être du merisier ou du poirier. On utilisait ce qui était là, à notre disposition. Ici cela pouvait être de l’olivier, ailleurs du buis.

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Hautbois en olivier de Filip Frydrysiak

Ce dernier avait la préférence des luthiers car pour réaliser des hautbois il était facile de les tourner avec une grande précision même dans les détails les plus fins et si les outils de tournage était bons la finition du bois ne nécessitait pas d’effort particulier pour le rendre séduisant, rendant tout ponçage superflu.

Mais avec le temps et l’apparition progressive de clefs sans cesse plus nombreuses il fût nécessaire de rechercher des bois plus durs, plus denses, qui ne vrilleraient pas sous la tension et le stress que crée le clétage. Aujourd’hui nous pourrions même dire qu’il y a plus de trous dans le hautbois que de cratères sur la lune !

Le bois le plus dense utilisé de manière presque exclusive a été l’ébène. C’est particulièrement à la fin du XIXème siècle qu’il s’est imposé. Il faut dire qu’entre un hautbois baroque 3 clés et le modèle A6 de Lorée -plus connu sous le nom de « modèle conservatoire- il n’y a pas photo !

Le bois se devait d’être plus dense car d’autres exigences apparaissaient. Le développement de l’orchestre symphonique toujours plus grand demandait des hautbois avec une meilleure projection et un son plus puissant. Je pense que c’est avec cette évolution vers le hautbois « moderne » que l’instrument est devenu fidèle à sa réputation : difficile à jouer. La perce est plus étroite, beaucoup moins conique qu’un instrument baroque. Les anches sont également plus étroites. Ce qui surprend c’est quand on souffle dans un hautbois baroque et que l’on découvre cette légèreté, cette liberté dans le souffle, cette absence de pression comparativement.

Bien entendu même si l’ébène devenait prédominant dans la facture des hautbois, il restait toujours des exceptions. Barret, célèbre pour sa méthode de hautbois, jouait sur un bois de violette. Pasculli, le paganini du hautbois, utilisait encore buis.

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Hautbois de Pasculli appartenant à Omar Zoboli

Plus d’un siècle après bien des choses ont changé.

L’ébène reste prédominant mais devient une ressource en danger, surexploité. Quand vous pensez qu’une seule entreprise comme Buffet réalise 20.000 clarinettes par an…

Alors on cherche ici et là des solutions de substitution. Pas forcément pour cette seule raison écologique d’ailleurs ! On peut rechercher de nouvelles solutions pour faire un hautbois pas cher ou pour réaliser un instrument et qui ne craint pas les conditions climatiques difficiles par exemple : les finalités et les qualités in fine ne sont pas les mêmes !

On fait ainsi des hautbois en ABS , en plexiglass, en composite, en greenline et j’en oublie !

Mais ce qui me tient à coeur -et c’est le pourquoi de cet article- c’est que de nombreuses marques retournent aujourd’hui vers des bois délaissés ou en cherchent de nouveaux qui puissent être une alternative de qualité et de durabilité.

Il y a presque 30 ans je jouais mes instruments en violette et en palissandre du Honduras. Je passais pour un extra-terrestre ! J’entendais « c’est fragile » et d’autres idées négatives venant de personnes qui n’en n’avaient jamais vu et donc encore moins joué ! Et de nos jours que peut-on voir ? Des instruments réalisés dans des bois plus légers et moins denses que les miens.

Les progrès technologiques rendent ainsi possible l’utilisation du buis que l’on retrouve ou l’emploi d’érable flammé. Il va de soi que ces bois poreux et pas aussi « étanches » que l’ébène nécessitent d’être traités. Déjà, par le passé, ces bois étaient huilés… La recette a du changer très certainement !

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Martin Gebhardt

Il y a de cela quelques années Martin Gebhardt avait demandé à Fossati de réaliser un instrument en buis dont il avait fourni le bois. Pascal Emery l’un des responsables m’avait indiqué que le souhait de Gebhardt était d’avoir un instrument doux et chantant. Ce dernier ne pouvait toutefois l’utiliser au début qu’avec parcimonie et une grande attention car le bois bougeait, travaillait encore.

Ludwig Frank utilisait lui de l’érable pour ses propres hautbois. Ce bois est particulièrement connu des bassonistes. Depuis quelques temps il utilise -pour sa marque et pour les hautbois Moennig dont il a la responsabilité- un érable ayant subi un traitement pour éviter qu’il ne fende. Ce bois résonne librement et ne nécessite pas d’inserts au niveau de la perce. Il est intitulé « Del Sol » et coûte un surplus de 990 à 1200€ comme option supplémentaire pour un hautbois ou un cor anglais.

Il est amusant de constater une résurgence du hautbois baroque dans la conception de cet instrument avec un renforcement au niveau de la tête qui n’est pas sans rappeler le balustre en forme d’oignon des ancêtres…

Tout récemment c’est la société Fox aux Etats-Unis qui a sorti un cor anglais en érable mais avec la même teinte que celle d’un basson !

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Cor anglais Fox en érable

Pour terminer et prendre congés de vous, je vous propose d’écouter la très belle interprétation de Rixon Thomas de la sonate pour cor anglais d’Hindemith.

A bientôt…

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